David Lindelof – Watchmen

Une précision d’abord : Je n’avais jamais, avant Watchmen, regardé de séries créées par Damon Lindelof. Si j’avais été plutôt intéressé par The Leftovers et que je n’exclue pas de regarder la série un jour, les avis très contrastés sur Lost (et le peu que je savais de la série) ne m’intéressaient absolument pas. Et pourtant, après avoir fini la première saison de cette série Watchmen pour HBO, il n’est pas exclu que je fonce vers ce mastodonte qu’est Lost. Car Watchmen est sans doute la série la plus impressionnante que j’ai regardé depuis longtemps, et ma plus grosse surprise de la fin d’année dans le monde des séries télévisées.

Une sacrée surprise, vu que je m’attendais au pire et que je n’avais pas du tout été convaincu par les premières images de la série : je trouvais ça très laid, très bête et ridicule. Inquiétudes dissipées dès le premier épisode de la série, dès les premières minutes même : on s’attendait à 2019 ou à 1986, ou aux années 50/60 contées dans le comics Before Watchmen, et finalement, nous voilà en plein massacre de Tulsa, en 1921. On rejoint cependant bien vite des terrains plus familiers, un siècle plus tard, toujours à Tulsa : ni suite ni adaptation à proprement parler, Watchmen se situe “dans un monde ou les événements de Watchmen ont eu lieu”. Une description en apparence un peu malhonnête, mais qui prend rapidement sens.

Watchmen se situe donc de nos jours, dans un monde où les justiciers masqués sont soumis à la police et où New York a été ravagée par une menace étrange. Mais autant le dire, celui qui n’a pas lu Watchmen un paquet de fois ne pourra absolument rien suivre de la série, et même celui qui connait le comic sur le bout des doigts sera plus d’une fois complétement paumé. Au hasard : il y a des pluies de crevettes sur le monde, Robert Redford est président des États-Unis, et les flics ont le droit de cacher leur visage depuis des années. Mais c’est aussi le charme de la série : d’autres auteurs auraient choisi un premier épisode d’exposition ou l’univers serait entièrement dévoilé. Ici, l’univers improbable et pourtant si logique et fascinant de Watchmen sert l’intrigue et l’intrigue sert cet univers en retour. On est constamment abasourdi et surpris par une nouvelle découverte, un nouveau retournement, un twist évident mais auquel on ne peut s’attendre, ignorant tout de cet univers et de sa cohérence.

Mais surtout, là ou la série se rêve en grande œuvre que notre époque mérite, c’est dans son message politique, opposant le suprémacisme blanc qui a élevé Rorschach en héros (héroïsation qui, par ailleurs, dégoûtait Alan Moore, auteur du comic original) aux afros-américains, à qui l’Amérique reconnaît leur statut de victimes du racisme de l’Amérique. Cette opposition, forcément manichéenne, est parfois agaçante, mais il faut reconnaître que la mise en exergue des paradoxes de l’Amérique Trump-ienne a parfois ses moments délicieux, surtout que ce thème permet de mettre en scène tout un pan de l’histoire américaine, de Tulsa au racisme des années 60 en passant par le suprémacisme blanc de l’Amérique contemporaine.

Watchmen est donc une réussite intégrale. Et si elle est réussie sur le plan visuel (proche du comic sans partir dans l’hideux copiage visuel de Zack Snyder), sur la direction d’acteurs, avec surtout le léger surjeu, délicieux et hilarant, d’un Jeremy Irons qui sert parfaitement son personnage, cela reste surtout pour moi un bijou d’écriture, toujours surprenant, souvent drôle et touchant, jamais épuisant ou plein de twists ridicules. Je regrette simplement la fin de la saison, que je ne peux pas m’empêcher de trouver vaguement incohérente, et qui manque sans doute pas mal de pay-off. On verra ce que donne la saison 2, que j’attends de pied ferme et qui devrait exister, vu le gigantesque succès critique et commercial de cette nouvelle adaptation de Watchmen.