SPURV, ou découvrir un groupe par hasard

Je ne crois plus trop, aujourd’hui, qu’on puisse découvrir un groupe totalement par hasard. Il y a souvent ce cliché éternel, celui d’un petit bar, avec au fond, un groupe absolument exceptionnel qui joue, et nous, qui, ébahis, découvrons ce groupe de façon totalement inattendue. J’y crois pas. Avec les réseaux sociaux, bandcamp, le bouche-à-oreille, les magazines musicaux et l’industrie de la hype, je pense que aujourd’hui il est très rare de se retrouver devant un concert sans avoir aucune idée de ce qu’on va voir. J’ajoute à ça qu’il est courant, quand ça arrive, de ne prêter attention au groupe que par bonne volonté et de ne jamais se replonger dans leur musique.

Mais hier soir, SPURV a balayé tout ça.

Hier soir, j’ai découvert SPURV au Supersonic. D’accord, c’est pas l’institution la plus sombre et inconnue de Paris, mais l’entrée est gratuite et le bar est suffisamment bien placé pour qu’on ait envie d’y aller totalement par hasard. Je n’avais absolument rien de prévu ce soir-là (je revenais d’une balade dans Paris) ni le lendemain, et ayant simplement envie de voir de la musique en live, j’y suis allé sans m’attendre à rien. J’entre aux alentours de 22h, passant au bar pour prendre mon picon-bière habituel, puis j’ai tellement la flemme de réellement vivre le concert que je me pose sur une table sur la mezzanine. Et là, le choc : je suis absolument stupéfait, abasourdi, par ce que j’entends.

Un côté très shoegaze avec des compositions à la Godspeed You! Black Emperor (percussions martiales, arpèges délicats…). Trois guitares, une basse, une batterie, un mec qui joue du trombone et du glockenspiel. Des morceaux longs, entièrement instrumentaux. Une maîtrise de la tension, des compositions à tomber raide, une attitude nonchalante et pourtant une musique prise si au sérieux. J’étais absolument tétanisé par la beauté de ce concert, que j’ai finalement apprécié dans la fosse, entouré d’une trentaine de curieux tout aussi fascinés que moi.

Bien sûr, je dois aussi avouer que la musique de SPURV a un côté inévitablement classique, voir clicheteux, et que leur esthétique en mode spectres et têtes de cerfs a un côté agaçant, mais je dois aussi avouer qu’ils maitrisent parfaitement ce style de post-rock, et que à côté, je retrouve dans les guitares une grosse influence shoegaze, plus particulièrement celle du Slowdive de Souvlaki, voir de Pygmalion. Et finalement, ce soir-là, c’était tout simplement le concert qu’il me fallait, au bon endroit au bon moment. Et même aujourd’hui, alors que j’ai, sur un coup de tête, acheté un CD au merch, je me retrouve à écouter des morceaux plus beaux les uns que les autres, même si SPURV ne réinventera clairement jamais l’eau tiède.

Tout ça pour dire quoi? Que même si d’un point de vue commercial, créatif, de tous les points de vue, les musiques pops sont dans une crise phénoménale, mais pour celui qui en écoute, l’époque est bénie : le meilleur groupe du monde est peut-être une bande de norvégiens aux cheveux longs. Mais surtout, ce que ça montre, c’est que j’avais tord : il est encore possible, au XXIème siècle, d’entrer par hasard quelque part et d’y découvrir un groupe exceptionnel.