Édito

Go and close the curtains
It’s getting too bright.
We need some music,
Let’s stay up all night.

Arab Strap – “Leave The Day Free”

J’ai écrit mes premiers articles à la fin de l’année 2013, il y a maintenant près de cinq ans. Ces articles, parlant de mon actualité musicale, je les écrivais sur un tumblr dont j’ai oublié le nom, et ou j’ai tout de même rédigé, si je m’en souviens bien, au moins une cinquantaine de chroniques, singeant ce que je pouvais lire dans la presse musicale mainstream que je consultais à l’époque (Tsugi, Les Inrockuptibles…). Je parlais essentiellement de groupes et d’artistes que je ne pourrais plus écouter aujourd’hui, parce que des années sont passées et ma sensibilité musicale a bien changé – pour faire simple, j’écoutais pas mal de trucs atroces, mais j’étais jeune. Puis en 2013, sur les conseils d’un enseignant qui avait vu clair en moi et avait bien compris que j’étais un garçon qui écoutait des trucs différents de ses camarades, je proposais un texte sur un EP de Ty Segall à SWQW, site de chroniques musicales résolument unique, alimenté par un paquet de passionnés de musiques obliques. J’étais le petit jeunot d’une équipe riche et attachante, dont je n’ai presque jamais vu les membres dans le monde réel; et grand amateur de bandes dessinées à l’époque, je prenais le pseudonyme Blacksad, en référence au chat détective de Juan Díaz Canales et Juanjo Guardino.

Depuis, j’ai tout de même bien changé. J’ai moins de cheveux, plus de cernes. Je suis passé d’un lycéen perdu vivant en pilote automatique à un étudiant en histoire un brin nonchalant. J’ai troqué Christopher Nolan contre Sam Peckinpah, Kasabian contre Tindersticks et The Angels Of Light, mes baggies contre des chemises à carreaux, Baudelaire contre Corbin. Bref, mon écriture, et la musique sur laquelle j’écrivais, ne sont plus tout à fait les mêmes. Surtout, entre temps, SWQW a disparu, ses rédacteurs sentant que ce rythme tournait en rond. Le site aura eu deux successeurs : L’Ombre Sur La Mesure, géré par Lexo7, qui écrit aujourd’hui sous le pseudonyme Kasper Hauser. De l’autre côté, les amateurs de musiques à guitares, dont je faisais partie, créaient Give Violence A Chance. Un site sur lequel je ne vais plus écrire, après avoir y avoir publié quelques belles choses en compagnie de Somath, un gaillard croisé une paire de fois dans des contextes bien différents (une fois dans un bar lillois bien roots, une autre fois en coup de vent après un concert de Low), et dans une moindre mesure par Mattoh, que je n’ai hélas jamais eu la chance de rencontrer. Après deux ans de défrichage trop ponctuel des musiques qui contenaient une quantité plus ou moins importante de six-cordes (voir une quantité nulle), GVAC et moi, on prend la tangente.

Vient alors une idée nouvelle, Leave The Day Free.

L’idée d’un nouveau site où je pourrais écrire des articles m’était venue en tête il y a déjà quelques temps, fin 2018, alors que plusieurs idées d’articles qui ne pourraient pas vraiment passer sur Give Violence A Chance me venaient à l’esprit. Au fur et à mesure, ce sont de plus en plus d’idées d’articles, sur des sujets qui ne toucheraient d’ailleurs pas qu’à la musique, qui me sont venues en tête. Je repoussais pourtant l’échéance, lancé dans un rythme assez régulier de chroniques et encouragé par une actu musicale plutôt plaisante. Mais je me suis rendu compte que après presque 5 ans à écrire sur des albums de l’actualité musicale, je voulais un nouveau format, un truc différent, ou je pourrais parler de discographies ou d’albums sortis il y a bien longtemps, mais aussi parler de séries, de livres, écrire des billets d’humeur et partager ce qui me plaît, me fait rire, m’informe et me surprend. Je veux avoir un endroit pour partager toutes ces choses que je veux dire, exprimer, ces interprétations personnelles, mon opinion sur des sujets de société ou mon avis sur les choses qui me touchent (même si j’espère sincèrement ne rien dire sur la politique, au-delà de quelques punchlines). En somme, un endroit ou je pourrais, sans aucune autre règle que celles que je m’impose à moitié dans cet édito, écrire, et donc, parler. Je ne vais pas non plus cacher que ce site, enfin, écrire des conneries sur Internet en général, c’est aussi une question d’ego. Avoir la prétention d’écrire des choses intéressantes, parler virtuellement de ces choses à des inconnus, le petit pic de satisfaction après une réaction sur Facebook.

Je serais seul dans ce petit machin (à moins que d’autres veulent parler d’un truc sur ma “plate-forme” et qu’il y ai des “atomes crochus” avec ma pseudo ligne éditoriale) et le rythme y sera encore plus aléatoire qu’avec GVAC, même si je risque de charger pas mal de publications avec le temps libre que m’offre cet été. Si je vais sélectionner quelques chroniques dont je suis “fier” pour ouvrir ce blog, les premiers articles “originaux” vont vite arriver. Il sera question, sans être exhaustif et dans le désordre, de deux albums de punk sortis en 2018, de la mort de David Berman, de l’interprète algérien Mohamed Mazouni, de quelques chroniques de séries télévisées, du malentendu sur la carrière de Tom Waits, d’un livre de Carlo Ginzburg, et peut-être du rapport des musiques populaires à la télévision et à la radio en France. La page Facebook, elle, sera également consacrée à de la musique, des photos, des peintures ou des vidéos qui me touchent ou m’amusent, mais sur lesquelles je ne me vois pas écrire des choses trop longues. J’y partagerais également les épisodes du podcast de Xsilence La Mélodie Du Bonheur auxquels je participe.

Merci, Mattoh, Somath, Winnie, Rémy bien sûr, et Éléonore pour le logo.

Illustration : © Nicola Samori, “June 27”